Quelques secondes de vidéo, un compteur emballé comme un sandwich dans une feuille argentée, une voix off qui promet la fin des ondes nocives, et des dizaines de milliers de vues au compteur. Sur TikTok comme sur Instagram, le geste paraît malin, gratuit, à la portée de tous. Il coche toutes les cases du bon tuto viral. Sauf une, et pas des moindres : il ne fonctionne pas, et il est franchement dangereux.
Commençons par la peur qui alimente la tendance. Le Linky émettrait des ondes dangereuses pour la santé. Or les mesures officielles racontent une tout autre histoire. Selon l'Agence nationale des fréquences, le rayonnement du compteur se situe entre 25 et 37 fois en dessous des limites réglementaires. Il est comparable à celui d'un simple téléviseur, et nettement inférieur à ce qu'émet une box Wi-Fi ou un téléphone portable, deux appareils que personne ne songe pourtant à emballer.
Il faut ajouter un détail technique décisif, que la plupart des vidéos ignorent. Le Linky ne bavarde pas en permanence par les airs. Il transmet ses relevés par CPL, le courant porteur en ligne, c'est-à-dire directement à travers les câbles électriques du logement, et seulement sur de très courtes plages, la nuit, entre minuit et six heures du matin. Ses émissions radio sont donc à la fois minimes et intermittentes, avec une portée qui ne dépasse pas quarante centimètres autour du boîtier. La fameuse petite diode verte qui clignote sur sa face avant n'est d'ailleurs pas une caméra espionne, comme le veut une autre rumeur tenace, mais un simple témoin de consommation.
C'est là que l'astuce s'effondre sur le plan de la logique. Puisque le compteur communique pour l'essentiel par le réseau électrique, et non par ondes radio, l'entourer d'aluminium ne coupe évidemment pas ce canal : le signal continue de circuler tranquillement par les fils. On prétend dresser une barrière là où il n'y a pas de porte.
Quand bien même il s'agirait d'ondes radio, une simple feuille de cuisine n'y ferait pas grand-chose. Une vraie cage de Faraday, ce dispositif qui bloque les champs électromagnétiques, suppose une enveloppe métallique parfaitement close et pensée pour cet usage, pas un emballage grossier laissant mille interstices. Bref, sur toute la ligne, du principe au bricolage, la méthode ne protège de rien. Elle donne juste l'illusion réconfortante d'avoir agi.
Voilà le paradoxe le plus sérieux : en croyant écarter un risque imaginaire, on en crée de bien réels. Un compteur électrique chauffe légèrement en fonctionnant, et il a besoin de respirer. L'envelopper dans un isolant empêche cette ventilation naturelle, provoque une surchauffe du boîtier, et peut déclencher une coupure de courant, voire un début d'incendie si la chaleur s'accumule.
À cela s'ajoute un risque électrique direct. L'aluminium est un excellent conducteur. Placé au contact du compteur ou des fils environnants, il peut provoquer un court-circuit et exposer la personne qui le manipule à une électrocution, surtout sur une installation ancienne. Dernier écueil, et non des moindres : en cas de sinistre déclenché par un bricolage inspiré d'un tutoriel, l'indemnisation par l'assurance devient très incertaine. Enedis, le gestionnaire du réseau, est catégorique et demande de ne jamais reproduire ce geste. Si les ondes vous inquiètent vraiment, la seule démarche utile est gratuite : l'ANFR mesure sur demande l'exposition réelle de votre logement. De quoi troquer une fausse solution dangereuse contre un vrai chiffre rassurant.
Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques
Envie de faire encore plus d'économies ? Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.






