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L’Anssi pointe « l’évolution majeure » de la menace : l’émergence de jeunes pirates motivés avant tout par la fame

Pour contrer ces cybercriminels en herbe, le directeur général du cyber-pompier français rappelle l’importance du déploiement des bonnes pratiques de sécurité.

Après un été « horrible », l’Anssi change de pied en revoyant son analyse. Au printemps dernier, le cyber-pompier français parlait prudemment d’une « évolution » de la menace, déjà perçue comme « intense », avec « peut-être moins de rançongiciels et plus de fuites de données ». Mais quelques mois et des piratages d’administrations de premier plan plus tard, de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) à la mi-avril à la fuite de données de la direction générale des finances publiques (DGFiP) découverte cet été, le discours de Vincent Strubel vient de s’affermir.

On assiste tout bonnement, expliquait le directeur général de l’Anssi jeudi dernier lors des universités de l’association Hexatrust, à « l'émergence d'un nouveau pan de la menace ». Certes déjà existant mais jusqu’ici largement sous les radars.

Sur le réseau professionnel LinkedIn, le haut fonctionnaire parle même d’une évolution « majeure ». Outre les États « qui nous attaquent » et « nous espionnent », les groupes de cybercriminels organisés et les hacktivistes, il faut désormais compter, depuis environ l’été 2025, avec « des jeunes français » bien turbulents accusés d'être derrière dans la flambée de fuites de données.

Des pirates dont on peut déjà documenter les caractéristiques, notamment grâce aux enquêtes judiciaires. Leurs attaques, pas sophistiquées, ne sont en effet pas « très furtives ». « Ils vont vite, sans chercher à être très discrets », sans quasiment de mouvement latéral ou d’escalade des privilèges, pour attraper ce qu’ils peuvent avant de les publier aussitôt, énonce Vincent Strubel.

Car l’enjeu pour ces attaquants est d’abord « de se mettre en valeur, d’avoir un moment de lumière et de décrédibiliser leurs victimes », dont notamment l’État – certains pirates semblent avoir une « dent particulière » contre l’administration.

Ils s’en prennent également à des « cibles faibles », des systèmes d’information jusqu’ici peu attaqués et dont les failles étaient finalement passées jusqu’ici inaperçues.

Résultat : ces cybercriminels qui s’échangent « des recettes », « partagent des secrets » ou des « revendications », ont réussi à prendre au dépourvu les experts de l’Anssi. Cette menace « est peu documentée », il n’y a pas les sources d’information habituelle en matière de renseignement sur les cybermenaces ou autres capteurs », « en tout cas pas encore »n et il n’y a enfin pas vraiment « d’infrastructures très développées » à surveiller, liste Vincent Strubel.

Reste toutefois un moyen de leur couper l’herbe sous le pied. Leurs attaques reposent « essentiellement » sur la réutilisation d’authentifiants compromis venant d’infostealers ou de précédentes attaques.

Une menace qui a peut être trouvé la lumière, notamment grâce à l’IA. Elle a « sans doute » aidé à explorer des jeux de données ou à générer des scripts. Mais « ce n’est pas le facteur clé », prévient le chef de l’Anssi.

Comme avec l’émergence du rançongiciel moderne, à la fin des années 2010, cette évolution de la menace est brutale, convient Vincent Strubel. Mais, ajoute-t-il, nous ne sommes « qu’au début de cette bataille » pointant le risque de « défaitisme » autour de l’utilisation de slogans tels que « France passoire ».

« Il ne faut pas s’imaginer qu’on va trouver des solutions miracles », avant de brosser un programme certes moins clinquant mais terriblement efficace.

A savoir le déploiement systématique des bonnes pratiques de cybersécurité, partout et tout le temps, y compris dans des systèmes jusqu’ici pas ou peu attaqués.

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