Mesurer un VPN, c’est facile. Mesurer un VPN correctement, c’est long. Le débit d’une fibre bouge selon l’heure, le serveur de test choisi, la charge du réseau du fournisseur. Et surtout, un relevé isolé ne prouve rien. Il faut répéter, aux mêmes heures, dans les mêmes conditions, sur plusieurs jours, et surtout mesurer la ligne sans VPN à chaque fois pour savoir de quoi on part.
Pour aller plus loin Quel est le meilleur VPN en 2026 ? Tests et comparatifs
C’est exactement ce que fait Clubic depuis des années pour son baromètre VPN : trois relevés par jour (9 h, 13 h, 18 h) pendant trois jours, en Ethernet, sans VPN puis avec VPN, vers quatre destinations (France, États-Unis, Royaume-Uni, Japon), sur une dizaine de fournisseurs. Le tout à la main, sur nPerf. C’est rigoureux, et c’est une journée de travail par cycle.
Concernant la machine, nous avons utilisé un mini-PC sous Linux, dédié à cette seule tâche, branché en Ethernet 2,5 Gb/s sur une fibre Free. Aucun autre trafic pendant les mesures : le banc vérifie la charge de la machine et l’absence de tout tunnel résiduel avant de démarrer un créneau.
Chaque mesure tourne dans un espace réseau cloisonné (un network namespace Linux). Le VPN monte dans cette bulle, le test de débit part de cette bulle, et rien d’autre sur la machine ne peut interférer. Quand le créneau se termine, la bulle est nettoyée.
Quatre fois par jour (9 h, 13 h, 18 h et 23 h, un créneau de plus que le protocole d’origine), le banc :
Un créneau complet, c’est 33 relevés (1 sans VPN + 8 fournisseurs × 4 pays) et environ 45 minutes. Une seule mesure à la fois, jamais deux en parallèle.
Concernant le moteur de mesure, on a décidé de travailler main dans la main avec nPerf, le même service que celui du protocole manuel de Clubic, piloté par son agent Linux. Chaque relevé garde en base le moteur qui l’a produit.
Pour chaque relevé, on mesure le débit descendant, le débit montant, la latence vers une cible fixe dans le pays de destination (Paris, New York, Londres, Tokyo), la gigue, la perte de paquets, le protocole réellement utilisé, le serveur attribué, l’adresse et le pays de sortie, sans oublier le temps mis par le tunnel pour s’établir.
On garde tout. Une mesure ratée n’est jamais effacée, elle est marquée invalide avec sa raison. D’ailleurs, même un tunnel qui monte mais dont l’adresse de sortie est dans le mauvais pays est signalé.
Au total, on a fait pour le moment deux campagnes, 704 relevés, dont 685 valides.
Avant les chiffres, une précision sans laquelle ce test serait trompeur.
Pour aller plus loin VPN : qu’est ce que c’est WireGuard, et à quoi ça sert ?
Sur un banc Linux automatisé, on ne passe pas par les applications des fournisseurs. On monte le tunnel soi-même, avec les fichiers de configuration que le fournisseur accepte de donner. Trois d’entre eux (NordVPN, Proton VPN, Private Internet Access) fournissent des configurations WireGuard exploitables durablement, par API ou par téléchargement. Les cinq autres (CyberGhost, ExpressVPN, PureVPN, Surfshark, PrivadoVPN) ont été mesurés en OpenVPN UDP : soit parce que leurs clés WireGuard manuelles expirent au bout de 24 heures (PureVPN, PrivadoVPN), soit parce que le fournisseur ne propose pas WireGuard en configuration manuelle (ExpressVPN, qui mise sur son protocole Lightway), soit parce que nous n’avons pas pu récupérer les fichiers à temps.
Or OpenVPN est structurellement plus lent que WireGuard. Il chiffre sur un seul cœur, en espace utilisateur, et plafonne en pratique autour du gigabit sur une bonne machine, souvent bien en dessous. WireGuard vit dans le noyau Linux et suit une fibre 2,5 Gb/s sans broncher. Évidemment, comparer les deux dans un même classement reviendrait à comparer des voitures dont certaines roulent en première.
Nous publions donc deux tableaux séparés. Le premier compare les trois VPN en WireGuard entre eux, à armes égales. Le second montre ce que donnent les cinq autres en OpenVPN, ce qui reste une information utile (c’est ce que vous obtiendrez sur un routeur, un NAS ou un Linux sans application maison), mais ne dit rien de leur débit maximal dans leur propre application.
Le graphique ci-dessous montre les huit fournisseurs côte à côte, tels que le banc les a mesurés en juillet, destination par destination. Regardez-le avec cette précision en tête.
Les trois barres qui dépassent 2 000 Mb/s vers la France, les États-Unis et le Royaume-Uni sont les trois WireGuard. Tout ce qui reste sous 1 350 Mb/s est en OpenVPN. C’est cette coupure que les deux tableaux qui suivent détaillent séparément.
Trois fournisseurs, même protocole, mêmes créneaux, même ligne. Voilà ce que donne juillet, sur 16 créneaux.
Sur une fibre 2 Gb/s, un bon WireGuard ne coûte presque rien. Vers la France et le Royaume-Uni, les trois fournisseurs saturent la ligne : 2 150 à 2 240 Mb/s, soit le débit de la fibre elle-même. Le VPN est invisible.
Sa fiche complète, avec la ligne sans VPN en premier groupe, résume ce comportement en un coup d’œil.
Le débit descendant reste au niveau de la ligne nue vers l’Europe et les États-Unis, seul le Japon décroche. La courbe de latence suit simplement la géographie : 24 ms vers Paris, 258 ms vers Tokyo.
La destination lointaine fait la différence. Vers le Japon, PIA passe devant tout le monde (1 843 Mb/s) et Proton décroche (945). Vers les États-Unis, c’est l’inverse : Proton tient 2 018 Mb/s et PIA tombe à 675. Un même VPN peut être excellent sur une route et médiocre sur une autre. La moyenne globale gomme cela, d’où l’intérêt du détail par pays.
Et en août ? Cinq créneaux, un mois plus tard, avec une ligne de référence cette fois parfaitement stable (2 330 Mb/s à chaque relevé, écart de 20 Mb/s sur six mesures). Le podium ne bouge pas : NordVPN 1 809 Mb/s (78 % du sans VPN), PIA 1 615 (69 %), Proton 1 572 (68 %).
Le Japon reste le terrain de PIA (1 661 contre 1 367 pour NordVPN et 914 pour Proton), et Proton prend la tête en France (2 127). Les pourcentages sont plus bas qu’en juillet parce que la référence est plus haute et plus fiable, et c’est précisément le chiffre à retenir : sur une fibre à 2,3 Gb/s, un VPN WireGuard bien routé vous laisse entre 70 et 80 % du débit en moyenne sur quatre continents, et près de 100 % vers l’Europe.
Voici d’abord le classement moyen des huit sur les quatre pays, en juillet. Il se lit avec l’avertissement en tête : les trois premiers sont en WireGuard, les cinq suivants en OpenVPN.
Le décrochage entre la troisième et la quatrième place, de 1 720 à 949 Mb/s, est d’abord le coût du protocole. Le tableau ci-dessous isole les cinq OpenVPN pour les comparer entre eux.
Le plafond OpenVPN saute aux yeux : personne ne dépasse 1 350 Mb/s, même vers la France, là où les WireGuard font 2 200. L’ordre entre les cinq est confirmé en août (PureVPN 802, CyberGhost 580, Surfshark 495, PrivadoVPN 336, ExpressVPN 271), avec une seule inversion, CyberGhost et Surfshark qui échangent leurs places.






