Un site pirate qui disparaît annonce généralement sa fermeture, ou s'évapore du jour au lendemain sans prévenir. Le géant hispanophone AnimeFLV a pourtant choisi une troisième voie, bien plus déroutante pour ses visiteurs. Depuis un mois, ses opérateurs gardent le silence le plus complet.
Les plateformes illégales d'anime encaissent coup sur coup depuis le début de l'année. Les ayants droit japonais et américains coordonnent désormais leurs actions et traquent les opérateurs. Ils frappent les infrastructures techniques plutôt que les seules adresses web. La France connaît la même dynamique. La gendarmerie nationale a récemment démantelé la structure qui pilotait YggTorrent, plusieurs mois après la disparition du site de téléchargement. Certains portails s'éteignent brutalement, d'autres après une longue agonie judiciaire.
AnimeFLV occupe une place à part dans cet écosystème. Lancé en 2010, ce portail hispanophone a longtemps régné sur le piratage d'anime en Amérique latine. Il revendiquait plus d'un milliard de visites annuelles à son apogée. La Motion Picture Association l'a signalé comme marché notoire dans son dernier rapport aux autorités commerciales américaines. Une offensive judiciaire du même lobby hollywoodien avait déjà poussé le site de streaming P-Stream à fermer au printemps. Les opérateurs se trouveraient au Pérou, au Chili et au Mexique.
Le site n'a pourtant jamais fermé ses portes. Le catalogue d'AnimeFLV reste intégralement en ligne, avec ses fiches de séries et ses films toujours référencés. Le lecteur vidéo, lui, renvoie systématiquement un laconique « Actualmente no hay videos », soit « il n'y a actuellement pas de vidéo ». Les premiers ratés remontaient à avril, avant un rétablissement rapide. Le blocage est devenu total à la mi-juin. Des rapports de bug déposés sur GitHub par les développeurs d'une appli de lecture ont ensuite confirmé que plus aucune source vidéo ne répondait. Le portail hispanophone s'est transformé en simple répertoire fantôme.
Le catalogue continue même d'être enrichi, ce qui laisse penser que la fermeture n'a rien de définitif. Aucune organisation anti-piratage n'a pourtant revendiqué la moindre action contre AnimeFLV. Ses opérateurs se murent dans le silence depuis un mois. Le calendrier reste troublant. Plusieurs opérations d'ampleur ont récemment frappé le manga et l'anime pirates, avec la disparition de HiAnime et la poursuite de sept personnes au Vietnam. Les fans hispanophones se reportent déjà vers des successeurs plus récents. Un géant du piratage abandonne rarement son public très longtemps.






