Une éjection de masse coronale émise par le Soleil en décembre 2024 a été reconstruite à partir des relevés d’un ensemble inédit de dix-sept sondes. Les données dessinent une structure asymétrique, avec une zone très rapide orientée directement vers notre planète. Les appareils observant depuis la Terre étaient passés à côté.
Notre étoile connaît une activité permanente. Elle expulse sans interruption du plasma chargé de champs magnétiques dans l’espace. De tels phénomènes peuvent affecter satellites, réseaux électriques et communications radio. D’après de récents travaux, la tachocline, une couche située à l’intérieur du Soleil, serait à l’origine de son magnétisme. Anticiper leurs trajectoires demeure néanmoins compliqué, car l’essentiel des instruments surveille principalement l’axe reliant notre planète à l’étoile.
À 00h48 heure universelle, le 15 décembre 2024, une éjection de masse coronale s’est détachée du Soleil. Elle paraissait banale. D’autres événements peuvent pourtant avoir des conséquences importantes. En mai, un flare de classe M5.7 avait ainsi perturbé les communications haute fréquence au-dessus de l’Atlantique. L’épisode de fin 2024 est demeuré presque invisible, sans provoquer d’aurores notables. Au même moment, dix-sept engins spatiaux occupaient heureusement des positions dispersées, plusieurs très loin de l’axe Terre-Soleil.
Les chercheurs ont rassemblé ces observations dans une étude publiée dans Science Advances. Leur reconstruction dessine deux lobes aux dimensions très différentes. Le plus imposant s’est déplacé de biais à environ 534 kilomètres par seconde. L’autre progressait à 840, vers la Terre et Mars. Vu depuis notre position, le premier occultait totalement son voisin.
Depuis plus de trente ans, SOHO observe notre étoile. L’observatoire n’a enregistré que la partie lente, tandis que la composante rapide est passée inaperçue. D’autres sondes ont fourni les indices manquants. BepiColombo l’a rencontrée le 16 décembre près de Mercure, puis elle a atteint la Terre le lendemain, STEREO-A le 18 et MAVEN deux jours après autour de Mars. Solar Orbiter n’a enregistré aucun signal. Cette absence a contribué à reconstruire la géométrie du nuage.
L’intérêt ne se limite pas à la science fondamentale. Lorsqu’une éruption échappe aux instruments, le délai disponible pour prévenir diminue, alors que les particules accélérées représentent un danger réel pour les astronautes hors du bouclier magnétique terrestre. L’origine de cette asymétrie demeure inconnue. De telles configurations sont peut-être courantes, mais encore difficiles à identifier. En 2031, l’Agence spatiale européenne lancera la mission Vigil, positionnée à l’écart afin d’observer le Soleil depuis une perspective différente.






