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Actualité : 50 000 réflecteurs spatiaux pour éclairer la nuit sur Terre, le projet dingo d’une start-up approuvé en test

© Illustration générée sur Banana – Illustration d'un satellite redirigeant une partie du flux solaire vers la Terre.

La nuit sur Terre semble vouée à devenir de moins en moins noire. La FCC (Commission fédérale des communications américaine) vient de donner son feu vert à un projet digne de la science-fiction : l’envoi en orbite d’un miroir géant destiné à réfléchir la lumière du Soleil vers la Terre, en pleine nuit. Porté par la start-up californienne Reflect Orbital, ce test baptisé Eärendil-1 vise à créer du “soleil à la demande”.

Prévu pour être lancé très prochainement, le prototype Eärendil-1 est un satellite compact de la taille d’un réfrigérateur, embarquant un miroir ultra-fin et pliable en mylar d’environ 18 m de large. Positionné à 625 km d’altitude, il sera capable d’orienter précisément les rayons du Soleil vers des zones ciblées au sol, créant un disque lumineux de 5 km de diamètre après le coucher du Soleil.

Démonstrateur du satellite Eärendil-1.© Reflect Orbital

Mais à quoi bon éclairer la nuit ? Les arguments de Reflect Orbital sont avant tout économiques et utilitaires. L’objectif principal est de prolonger l’activité des fermes solaires terrestres en leur fournissant quelques heures de lumière supplémentaires à l’aube et au crépuscule, là où la demande d’électricité sur le réseau est maximale. La start-up vante aussi des applications de secours (éclairage de zones sinistrées lors de catastrophes naturelles), de construction nocturne ou de soutien à l’agriculture. Et la start-up voit grand : après ce premier test, elle ambitionne de déployer 1000 satellites d’ici 2028, puis une constellation pharaonique de 50 000 miroirs d’ici 2035.

Problème : avec Eärendil-1, la quantité de lumière réfléchie correspond au flux de la pleine Lune, bien trop faible pour que nos panneaux solaires puissent en faire quoi que ce soit. La réalité technique et économique est qu’un panneau solaire standard de 400 W ne générerait même pas de quoi allumer un voyant de veille. Sans compter la vitesse du satellite qui ne lui permettrait pas d’éclairer plus de 5 min une zone donnée. Il faudrait donc des dizaines de milliers de satellites.

Ces panneaux solaires seraient éclairés la nuit.© Unsplash/Mariana Proença

Ces panneaux solaires seraient éclairés la nuit.

Si la prouesse technique peut fasciner, le projet suscite une levée de boucliers massive. En première ligne, les astronomes tirent la sonnette d’alarme. Une telle flotte de miroirs réfléchissants ruinerait définitivement l’observation du ciel profond, déjà largement perturbée par les constellations comme Starlink de SpaceX. Les télescopes terrestres, extrêmement sensibles, risqueraient d’être purement et simplement aveuglés par ces “flashs” orbitaux.

Les écologues s’inquiètent quant à eux des conséquences sur la biodiversité. L’intrusion d’une lumière artificielle de cette intensité perturberait gravement les rythmes circadiens de la faune nocturne, de la flore, mais aussi des humains. De plus, pour ajuster sa cible au sol, le miroir devrait se réorienter toutes les 4 min, ce qui pourrait provoquer des éclats lumineux soudains, capables d’éblouir temporairement des pilotes d’avion ou des automobilistes.

Enfin, ce projet pose la question de la gestion de l’orbite terrestre basse, devenue un véritable “Far West”. Avec les projets de constellations géantes — SpaceX parle d’ajouter 100 000 à 1 000 000 de satellites supplémentaires pour ses centres de données IA —, le risque de collisions catastrophiques grimpe en flèche. Sans compter le bilan carbone et environnemental de milliers de lancements de fusées nécessaires à la maintenance de ces miroirs jetables à courte durée de vie.

La FCC a balayé ces objections, affirmant que son rôle se limitait à attribuer des fréquences radio et non à réguler l’impact environnemental de la lumière réfléchie. Une décision qui ouvre une boîte de Pandore réglementaire. Que sommes-nous prêts à sacrifier pour quelques kilowattheures de plus ?

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