© Maximillian cabinet // Shutterstock – Les centres de données pourraient réchauffer notre environnement
La France a-t-elle les moyens d’accueillir les innombrables centres de données voulus par Emmanuel Macron ? C’est l’une des questions auxquelles a souhaité répondre un imposant rapport de l’Assemblée nationale. Un passage sur les limites environnementales de cette stratégie laisse songeur.
On y apprend, par exemple, que les centres de données créent un effet “d’îlot de chaleur” capable d’augmenter la température de 2 °C en moyenne, “avec un effet discernable sur un rayon de 10 km”. De quoi donner quelques bouffées de chaleur en cette période caniculaire.
L’étude relayée par la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte s’appuie sur des relevés satellitaires qui notent que 340 millions de personnes pourraient être concernées par l’apparition de ces “îlots de chaleur numériques”. Des structures qui, de l’aveu même de l’ancienne coprésidente du GIEC, renforceraient le stress thermique et “pourraient exacerber l’assèchement des sols et de la végétation”.
Si la méthodologie de l’étude est critiquée, ces effets de “panache de chaleur” étant potentiellement plus provoqués par l’artificialisation des sols que par l’exploitation des centres de données en eux-mêmes, le rapport de l’Assemblée nationale souligne tout de même que le développement effréné de cette industrie pose bel et bien des problèmes environnementaux pour le territoire français.
Tout d’abord, ces infrastructures viendraient en partie s’installer sur des terres agricoles qui permettent d’obtenir de très bons rendements, s’agace Arnaud Saint-Martin, député de Seine-et-Marne, lors d’une audition. Le projet Campus IA, qui prévoit d’installer 90 ha de serveurs sur des champs de betteraves et de blé dans la commune de Fouju, devrait réquisitionner un peu plus d’un gigawatt de puissance électrique.
Côté énergie, le rapport dresse un constat plus nuancé que celui de l’Arcep d’il y a quelques semaines. Selon l’opérateur RTE, “le rythme de croissance de la production électrique bas-carbone en France ne pose pas de problème stratégique et peut alimenter simultanément, sans conflit d’usage, la décarbonation des secteurs des transports, de l’industrie et du bâtiment de manière prioritaire, ainsi que le développement du secteur du numérique”. En d’autres termes, “le risque de cannibalisation avec d’autres usages serait faible”, puisque la montée en puissance serait progressive et que certains projets “ne se concrétiseront vraisemblablement pas”, explique RTE.
Selon certaines projections, la demande en énergie des centres de données pourrait atteindre près de 32 térawattheures (TWh) en 2035 et 50 TWh en 2050. “À titre de comparaison, l’électricité totale consommée en région Normandie était de 26,5 TWh en 2024”, note le texte. Malgré tout, “ce n’est pas parce qu’on a un surplus au niveau national qu’on ne peut pas avoir des conflits à l’échelle locale sur l’usage de l’électricité”, tenait à souligner Lou Welgry, secrétaire général de Data for Good, lors d’une audition.
Ainsi, les territoires les plus convoités pourraient tout de même devoir faire des arbitrages. “De telles tensions temporaires existent actuellement en Île-de-France, en Lorraine, dans la zone de Valenciennes-Maubeuge ou, dans une moindre mesure, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Normandie”, avoue la représentation nationale.
Ce n’est pas parce qu’on a un surplus au niveau national qu’on ne peut pas avoir des conflits à l’échelle locale sur l’usage de l’électricité.
Enfin, même avec une énergie verte et abondante, d’autres postes d’émissions devraient être surveillés. En effet, les groupes électrogènes prévus pour servir de générateurs de secours présentent des risques environnementaux et pourraient avoir un impact “sensible”, notent les conclusions de l’enquête. Ces préoccupations sont loin d’être théoriques, puisque le centre de données des Ulis, dans l’Essonne, a bel et bien fonctionné sur groupes électrogènes pendant 270 heures en novembre 2020. Idem pour les fuites de fluides frigorigènes, “loin d’être négligeables”, explique le texte.
“Le déploiement des datacenters se fait de façon chaotique […] et avec des conséquences environnementales très lourdes, note Cyrielle Chatelain, rapporteure de la commission d’enquête. Il n’est pas acceptable que les hyperscalers s’approprient nos terres, notre énergie et captent ainsi l’essentiel de la valeur créée”, explique l’élue.
La présidente du groupe Écologiste et Social à l’Assemblée nationale appelle ainsi à la création d’un moratoire “sur les datacenters qui ne contribuent pas à notre souveraineté” et à la mise en place d’un “contrôle public des investissements dans les datacenters”.
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